Filière apicole · Miel Store
Auvergne-Rhône-Alpes concentre un apiculteur français sur cinq, la Bretagne plafonne à 9,8 kg de miel par ruche, et la moitié du miel provençal naît en transhumance. Ce que révèlent vraiment les chiffres officiels de la filière.
Mis à jour en août 2026 · Données FranceAgriMer, campagne 2024 · Lecture : 11 min
L’apiculture française en quelques repères
La France comptait 68 571 apiculteurs déclarés fin 2023, pour environ 1,86 million de ruches mises à l’hivernage. Mais 62 717 d’entre eux possèdent moins de 50 ruches : l’apiculture française est très majoritairement une activité de loisir, tandis que 2 431 professionnels de plus de 200 ruches assurent 58 % des volumes. Géographiquement, les apiculteurs se concentrent dans le Sud et l’Est : Auvergne-Rhône-Alpes en rassemble 20,4 %, devant le Grand-Est (12,3 %), la Nouvelle-Aquitaine (11,6 %) et l’Occitanie (10,2 %). La campagne 2024 a été mauvaise, avec 21 585 tonnes récoltées, soit 28 % de moins qu’en 2023, et un rendement moyen tombé à 15,2 kg par ruche.
On imagine volontiers une France apicole calquée sur la carte des terroirs : la Provence pour la lavande, les Vosges pour le sapin, la Bretagne pour son agriculture. La réalité, telle que la documente l’Observatoire de la production de miel de FranceAgriMer, est nettement plus contrastée, et parfois contre-intuitive.
Un avertissement méthodologique s’impose d’emblée, parce qu’il change la lecture de tout ce qui suit. Les chiffres présentés ici concernent la production et le nombre d’apiculteurs, pas la consommation. Aucune statistique publique ne ventile la consommation de miel par foyer et par région française, contrairement à ce que laissent croire certains classements qui circulent en ligne. Ce que nous cartographions, c’est où le miel français est fabriqué.
Qui sont les 68 571 apiculteurs français ?
Le premier chiffre est trompeur si on le lit seul. Sur les 68 571 apiculteurs déclarés auprès de la DGAL au 31 décembre 2023, l’écrasante majorité, soit 62 717, détient moins de 50 ruches. Ce sont des apiculteurs de loisir, dont une bonne part de la récolte finit en autoconsommation ou en cadeaux.
À l’autre bout du spectre, on dénombre 2 431 apiculteurs de plus de 200 ruches en 2024, en progression de 6,3 % sur un an. Ce petit groupe pèse énormément : les exploitations de plus de 50 ruches concentrent 76 % des volumes produits, et celles de plus de 200 ruches en assurent 58 % à elles seules.
Autre repère utile : le parc de ruches. La campagne 2023-2024 a vu 1 858 646 ruches mises à l’hivernage, dont 1 317 546 détenues par des apiculteurs de plus de 50 ruches, soit 70,9 % du total. Au printemps 2024, 76,4 % de ces ruches ont pu être remises en production, un taux en hausse de 4 points par rapport à l’année précédente.
Ce que ça implique
Quand vous achetez un pot de miel français chez un producteur, il y a de fortes chances que vous ayez affaire à l’une des quelques milliers d’exploitations professionnelles du pays, pas à l’un des 62 717 apiculteurs amateurs, dont la production ne rejoint que marginalement les circuits commerciaux.
Où se concentrent-ils réellement ?
C’est ici que la carte devient intéressante. La répartition des apiculteurs déclarés en 2024 dessine une France coupée en deux, avec une nette concentration au Sud et à l’Est.
Part des apiculteurs déclarés par région, extraction DGAL 2024. Source : Observatoire FranceAgriMer.
À l’inverse, l’Observatoire note que les apiculteurs sont nettement moins nombreux dans le Nord-Ouest du territoire. Voilà qui bouscule l’imagerie d’une Bretagne ou d’une Normandie apicoles : ces régions pèsent peu dans la démographie de la filière.
Une précision s’impose sur la forte hausse récente du nombre d’apiculteurs de moins de 50 ruches, en progression de 8,6 %. L’Observatoire l’attribue explicitement à une campagne de communication de la DGAL rappelant l’obligation de déclaration, et non à une véritable vague d’installations. C’est un effet statistique, pas un phénomène de terrain.
La production 2024, une année noire
La récolte 2024 s’établit à 21 585 tonnes, en recul de 28 % par rapport à 2023 et ses 29 857 tonnes. Un niveau comparable à celui de 2019 et 2021, alors que la filière avait franchi la barre des 30 000 tonnes dans l’intervalle.
La cause est climatique et clairement identifiée : un printemps pluvieux, froid et venteux, qui a lessivé le nectar des fleurs et empêché les abeilles de butiner, retardant l’ensemble de la saison.
Mais la moyenne nationale masque des écarts régionaux spectaculaires. Deux régions seulement progressent : l’Occitanie, en hausse de 9 %, et la Corse, en hausse de 26 %. Les autres encaissent, parfois brutalement.
Évolution de la production régionale de miel entre 2023 et 2024. Source : Observatoire FranceAgriMer.
Le cas de la Bourgogne-Franche-Comté est parlant : moins de 1 200 tonnes récoltées, contre près de 3 000 l’année précédente. Dans le Grand-Est, l’Alsace et les Vosges ont subi sécheresse puis fortes pluies printanières.
Les rendements région par région
Le rendement par ruche est l’indicateur le plus révélateur, parce qu’il neutralise l’effet du nombre de ruches. En 2024, la moyenne nationale tombe à 15,2 kg par ruche en production, contre 22,5 kg en 2023, soit une chute de 32 %. C’est l’un des plus mauvais résultats de la décennie, seule 2021 ayant fait pire avec 14 kg.
Là encore, l’écart entre profils d’apiculteurs est net : les exploitations de moins de 50 ruches obtiennent 12 kg par ruche, contre 18,2 kg pour celles de plus de 400 ruches. La technicité et le matériel font la différence.
Régionalement, l’effondrement du Nord est spectaculaire. La Bourgogne-Franche-Comté passe de 35,5 kg par ruche en 2023 à 13,2 kg en 2024. Le Grand-Est chute de 32,3 kg à 11,8 kg. La Bretagne ferme la marche avec 9,8 kg par ruche, conséquence de conditions défavorables sur toute la saison. Seul le Centre-Val de Loire franchit la barre des 20 kg.
Dans le Sud, la tendance est également baissière, mais l’Occitanie et la Corse maintiennent leurs niveaux de 2023, l’Occitanie affichant 19,1 kg par ruche.
Quelle région produit quel miel ?
La composition de la récolte française réserve une surprise. Le miel toutes fleurs d’été domine largement avec 25 % des volumes, mais parmi les miels monofloraux, c’est le tournesol qui arrive en tête avec 10,9 %, devant la lavande (10,3 %), le châtaignier (9,1 %), les miels de montagne (7,6 %) et le colza (6,1 %). L’acacia ne pèse que 3,9 %, le tilleul 3,4 %.
Fait notable en 2024 : les mauvais résultats du colza ont propulsé le tournesol au rang de première miellée en Normandie, en Centre-Val de Loire et en Pays de la Loire, y compris donc dans le nord du pays. La lavande, elle, reste la première miellée de Provence-Alpes-Côte d’Azur. L’acacia s’est bien comporté en Bourgogne-Franche-Comté, le châtaignier en Corse, alors qu’il est quasi absent de Nouvelle-Aquitaine et de Bretagne.
Les miellées de printemps ont été sinistrées : 9,6 % de toutes fleurs de printemps seulement, contre 25 % pour l’été, le printemps froid et pluvieux ayant empêché les abeilles de sortir.
La transhumance, une pratique très inégale
La transhumance consiste à déplacer les ruches vers une zone de floraison. Elle n’est pratiquée que par 7,3 % des apiculteurs français, mais elle génère 25,3 % de la production nationale.
L’écart selon la taille de l’exploitation est saisissant : 4,1 % des apiculteurs de moins de 50 ruches transhument, contre 64,2 % de ceux qui dépassent 400 ruches. C’est une pratique de professionnels, coûteuse en logistique.
Géographiquement, le contraste est tout aussi marqué. En Provence-Alpes-Côte d’Azur, 51 % des volumes de miel sont produits en transhumance, et 40 % en Occitanie. Dans le nord, la part tourne généralement entre 10 et 15 %, avec deux exceptions : les Pays de la Loire montent à 24 %, tandis que la Bretagne descend à 2 %.
Autrement dit, un miel de lavande provençal a une chance sur deux d’avoir été produit par des ruches amenées spécialement sur les plateaux au moment de la floraison. Ce n’est pas un défaut, c’est la condition même de l’existence de nombreux miels monofloraux.
IGP et AOP : cinq miels seulement
La France ne compte que trois miels sous IGP : le miel d’Alsace, le miel de Provence et le miel des Cévennes. Et deux sous AOC/AOP : le miel de Corse, qui reflète la diversité du maquis, du châtaignier et des agrumes, et le miel de sapin des Vosges, issu du miellat des sapins blancs du massif, sur de faibles volumes.
Ces signes de qualité restent très minoritaires : moins de 1 % des apiculteurs produisent sous IGP. La pratique augmente toutefois avec la taille de l’exploitation, atteignant 5,8 % chez les 200 à 399 ruches et 13,1 % chez les plus de 400 ruches.
Conclusion pratique : l’immense majorité des excellents miels français n’a aucun label officiel. L’absence d’IGP ne dit rien de la qualité d’un pot.
Comment le miel français est vendu
La vente directe domine nettement, avec 41 % des volumes en 2024, soit 4 points de plus qu’en 2023. Viennent ensuite les conditionneurs et grossistes (11,2 %), les magasins spécialisés et épiceries fines (8,9 %), les grandes surfaces (6,8 %) et les coopératives (6,7 %). L’autoconsommation représente 6 % et les dons 6,8 %, ce qui traduit le poids des apiculteurs amateurs. La vente en ligne reste marginale, à 0,9 %.
Là encore, tout dépend de la taille : la vente directe pèse 61,9 % chez les apiculteurs de 50 à 150 ruches, mais seulement 25,4 % chez ceux de plus de 400 ruches, qui privilégient le gros et le demi-gros.
Côté prix, l’Observatoire donne des repères précieux pour 2024. En conventionnel, le vrac se négocie à 7,8 € le kilo, le pot en grande distribution à 12,8 €, et le pot en vente directe à 14,1 €. En bio, ces valeurs montent respectivement à 10,1 €, 14,9 € et 16,1 €.
Les écarts entre miellées sont tout aussi éclairants sur le marché du vrac : la lavande se valorise à 8,5 € le kilo, la montagne à 7,7 €, l’acacia à 7,4 €, le châtaignier à 7,1 €. À l’inverse, les miels de grandes cultures ferment la marche, le colza à 4,1 € et le tournesol à 4 €.
Ce que cette carte dit au consommateur
Trois enseignements se dégagent de ces données, et ils sont utiles au moment d’acheter.
La production française est structurellement insuffisante. Avec une consommation nationale estimée autour de 45 000 tonnes par an et une récolte 2024 de 21 585 tonnes, l’écart est béant. Il est comblé par les importations, ce qui rend la question de l’origine centrale sur une étiquette.
Une mauvaise année n’est pas une exception. Les rendements oscillent entre 14 et 25 kg par ruche selon les campagnes, sous l’effet de la météo. Quand un miel français devient rare ou cher une année donnée, ce n’est généralement pas une manœuvre commerciale, c’est le climat.
Le prix d’un miel reflète d’abord sa miellée et son circuit. Un tournesol à 4 € le kilo en vrac et une lavande à 8,5 € ne racontent pas la même chose. Ajoutez l’écart entre vrac et vente directe en pot, et vous obtenez l’essentiel de la formation du prix, bien avant toute considération marketing. Nous détaillons cette mécanique dans notre article sur les miels les plus rares du monde.
Une limite à garder en tête. Ces chiffres proviennent d’une enquête menée auprès de 4 002 apiculteurs, soit 5,8 % des apiculteurs déclarés, extrapolée à l’échelle nationale. C’est une base robuste et la meilleure disponible en France, mais ce sont des estimations, pas un recensement exhaustif.
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Questions fréquentes sur l’apiculture française
Combien y a-t-il d’apiculteurs en France ?
68 571 apiculteurs étaient déclarés auprès de la DGAL au 31 décembre 2023. Mais 62 717 d’entre eux détiennent moins de 50 ruches et relèvent donc de l’apiculture de loisir. Les professionnels de plus de 200 ruches ne sont que 2 431, tout en assurant 58 % des volumes produits.
Quelle région produit le plus de miel en France ?
La répartition varie fortement d’une année à l’autre selon la météo. En 2024, l’Occitanie et la Corse sont les seules régions en progression, tandis que la Bourgogne-Franche-Comté et le Grand-Est perdent près de 60 % de leur récolte. En nombre d’apiculteurs, c’est Auvergne-Rhône-Alpes qui domine, avec 20,4 % du total national.
Combien de miel produit une ruche par an ?
La moyenne nationale s’établit à 15,2 kg par ruche en production pour 2024, contre 22,5 kg en 2023. L’écart selon la taille de l’exploitation est réel : 12 kg pour les apiculteurs de moins de 50 ruches, 18,2 kg pour ceux de plus de 400 ruches. Régionalement, la fourchette 2024 va de 9,8 kg en Bretagne à plus de 20 kg en Centre-Val de Loire.
Quel est le miel le plus produit en France ?
Le miel toutes fleurs d’été domine avec 25 % des volumes. Parmi les miels monofloraux, le tournesol arrive en tête en 2024 avec 10,9 %, devant la lavande (10,3 %) et le châtaignier (9,1 %).
Existe-t-il des données de consommation de miel par région ?
Non, pas à l’échelle publique. FranceAgriMer publie des données de production par région et des données d’achat au niveau national, issues du panel NielsenIQ. Les classements de consommation de miel par foyer et par région que l’on trouve parfois en ligne ne reposent sur aucune source officielle identifiable.
Combien de miels français bénéficient d’une IGP ou d’une AOP ?
Cinq au total. Trois IGP : miel d’Alsace, miel de Provence et miel des Cévennes. Deux AOC/AOP : miel de Corse et miel de sapin des Vosges. Moins de 1 % des apiculteurs français produisent sous IGP.
Sources
- Observatoire 2025 de la production de miel, de gelée royale et des autres produits de la ruche (données 2024), FranceAgriMer, édition juillet 2025, enquête menée par Agrex Consulting auprès de 4 002 apiculteurs.
- Extraction DGAL 2024 sur le nombre d’apiculteurs déclarés, reprise dans l’Observatoire FranceAgriMer.
- Fiche filière apiculture, FranceAgriMer, pour les ordres de grandeur de la consommation nationale et des importations.
Article informatif consacré à l’économie de la filière apicole française. Les chiffres cités portent sur la campagne 2024, dernière édition de l’Observatoire disponible à la rédaction.